AL AKHAREEN

Hip-hop arabe et jazz oriental [ Paris, Île-de-France ]

« Al Akhareen veut dire les autres. Ce nom, nous l’avons choisi pour dénoncer une forme de racialisation de la société. En tant qu’arabe, on se sent considéré comme l’autre dans sa propre société, comme l’ennemi de l’intérieur. J’ai grandi en banlieue parisienne où on vivait ensemble, dans nos différences, où on partageait notre humanité. Les autres, c’est le regard que l’on porte sur vous mais c’est aussi la métaphore de la société dont on rêve. Notre musique, notre quête de beauté est une forme de résistance à la violence du monde et à ce rejet. Réunir deux genres comme le hip hop, considéré comme populaire et le jazz, jugé élitiste, c’est une volonté de détruire les frontières et de s’émanciper de ces déterminismes. »

Formé en 2014 à Paris par la flûtiste Naïssam Jalal, née à Paris de parents syriens, et le rappeur palestinien Osloob, Alkhareen est un sextet entre hip hop, jazz et musique arabe. Les deux artistes aux parcours différents décident de monter le groupe autour d’une réflexion commune : la place des autres dans le monde d’aujourd’hui par le biais du hip hop et du jazz.

Naïssam et Osloob se sont rencontrés à Beyrouth en 2008 où vit, dans des camps de réfugiés depuis trois générations, la famille de ce dernier. Naïssam Jalal, qui navigue dans divers univers musicaux (classique, jazz, hip hop), s’est formée à la musique arabe classique auprès du violoniste Abdu Dagher et de Fathi Salama, a collaboré avec divers artistes de la scène parisienne (Noun Ya, Cheikh Tidiane Seck, Mamani Keita, Hilaire Penda, Hervé Samb, Amazigh Kateb et l’artiste latino Melingo), a joué avec plusieurs rappeurs (Mike Ladd, Napoleon Maddox, Rayess Bek). Artiste inclassable et brillante, elle a décroché de nombreux prix dont le prix de l’académie Charles Cros en 2017 pour son album « Almot Wala Almazala » et une victoire de la musique jazz en 2019 pour
« Quest of the Invisible », une quête spirituelle tournée vers la transe et le silence.

Fondateur du groupe Katibeh 5, Osloob s’est rendu populaire dans tout le monde arabe (Liban, Maroc, Palestine, Syrie, Jordanie, Tunisie) par son rap ancré dans la culture arabe. Il est depuis plusieurs années sollicité par une multitude de rappeurs dont il crée les instrus. La formation qui se réunit à Paris en 2014 débute par un duo, Osloob aux machines et à la voix/beatbox, et Naïssam aux flûtes, puis se transforme en trio avec aux platines Dj Junkaz Lou. En 2016, ambitionnant de développer la dimension instrumentale et jazz, Al Akhareen devient un quintet rejoint par Mehdi Chaib au sax et percussions, le batteur jazzy Sébastien Le Bon (Tarace Boulba) remplacé il y a un an par le batteur de hip hop Clément Cliquet, et le bassiste Viryane Say naviguant dans le hip hop instrumental et la funk.

En 2018, le groupe a sorti un album éponyme de douze titres et s’est produit sur diverses scènes dont le festival Rio Loco à Toulouse et le Mimi festival à Marseille.

© Emanuel Roja